Archives de Tag: Sueurs Froides

Site 1895

Jusqu’à maintenant, nos articles traitaient souvent de l’acmé des films hitchcockiens mais les premiers instants en sont-ils moins importants ? C’est la question que nous nous poserons à travers l’article « Saul Bass et Alfred Hitchcock : trois mariages et un enterrement », publié par 1895, qui analyse l’enjeu du générique chez Hitchcock, et plus particulièrement au sein de Sueurs Froides et Psychose.

extrait du générique de Sueurs Froides par Saul Bass

photogramme du générique de Sueurs Froides

1895 est un périodique tri-annuel publié par l’Association française de recherche sur l’histoire du cinéma, et est ainsi exclusivement consacré à cette discipline. Le périodique, dont le titre réfère à l’année conventionnelle de naissance du septième art, donne la parole tant à des auteurs de renommée qu’à de plus jeunes ; tout en gardant pour impératif le sérieux des écrits. En effet, 1895 se propose de publier des articles qui, par leur richesse et leur rigueur, ont vocation à servir de référence dans ce domaine de recherche. Le périodique paraît certes sous forme papier mais l’ensemble des numéros sont mis en ligne, d’abord via Cairn (dont l’accès est payant) puis via Revue.org, lui-même plateforme d’OpenEdition, portail de ressources électroniques en sciences humaines et sociales. L’article qui nous intéresse est en accès libre depuis le 1er avril 2012 (donc via Revue.org), vous pourrez ainsi aisément le consulter. 1895 a choisi de mettre en ligne ces documents sous la tutelle de ces deux grands noms en matière de numérisation. Revue.org est ainsi une plateforme de revues et livres en sciences humaines et sociales qui propose ses services à toute entité souhaitant rendre accessible librement, via ce portail numérique, un texte intégral. Aujourd’hui, cette plateforme a numérisé plus d’une dizaine de milliers de documents scientifiques.

La page d’accueil de 1895 comprend, en entête, le descriptif du site et nous éclaire donc rapidement sur les motivations de ce périodique. Les colonnes, sur les côtés gauche et droit, donnent accès à une indexation des articles par auteur et par numéro, à un moteur de recherche interne et renvoie enfin au site de l’AFRHC (Association française de recherche sur l’histoire du cinéma) ainsi qu’à Calenda, calendrier de l’actualité de la recherche dans le domaine des lettres, des sciences humaines et sociales, faisant également partie de OpenEdition. Le site 1895 parait donc résolument intégré au réseau des acteurs de la numérisation des contenus scientifiques. L’interface possède une charte graphique claire et rapidement identifiable. Cela semble mineur mais lorsque nous naviguons sur ce site ouvert sur les plateformes de OpenEdition, la charte nous permet rapidement d’identifier le site sur lequel nous sommes. En effet, les couleurs chaudes de l’interface de 1895 tranchent avec les gammes froides du portail OpenEdition.
Si notre site est en partenariat avec Revue.org, il héberge tout de même les articles ce qui facilite la consultation du contenu. Tout d’abord, 1895 propose les informations essentielles concernant le document (auteur et titre de l’article) ainsi qu’un résumé bilingue permettant une compréhension rapide du contenu. Un plan de l’article précède également le texte intégral (disponible en pdf) bénéficiant d’une numérotation des paragraphes et des normes bibliographiques. L’ensemble des informations nécessaires à un travail universitaire sont donc présentes. Finalement, le site démontre en acte la volonté de rendre accessible un contenu sérieux et utilisable dans le domaine de la recherche sur l’histoire du cinéma.
Le site propose notamment une numérisation de l’article « Saul Bass et Alfred Hitchcock : trois mariages et un enterrement », écrit par l’universitaire Jean-Pierre Berthomé et publié en version papier, en 2009, dans le numéro 57 du périodique. L’article est le lieu d’une analyse des collaborations entre le cinéaste et le graphiste, Saul Bass, pour la réalisation des génériques des films Sueurs Froides et Psychose. Après une courte biographie du publicitaire né en 1920 à New York mettant en relief les éléments récurrents de ses génériques (choix d’un motif annonciateur et d’une typographie singulière), l’auteur s’attarde sur la première commande que lui fait Hitchcock en septembre 1957.
A cette époque, le générique est marqué par le travail de Saul Bass, qui tend à en faire une section propre de l’art cinématographique ; il n’est donc pas étonnant que le cinéaste fasse appel à lui. Hitchcock, tout en lui laissant une importante liberté, aurait souhaité un générique ouvrant sur le thème d’une psychologie déformée du personnage, sur l’obsession mortelle de ce vertige amoureux qu’est le film Sueurs Froides (Vertigo en version originale). Saul Bass utilise des prises de vues réelles d’un visage féminin de plus en plus subordonnée aux motifs abstraits et spiralées qui emplissent l’écran. Ces motifs ainsi que le titre du film naissent de l’oeil d’un visage qui n’est plus qu’apparence fantomatique face à l’hypnose, au vertige générés par les formes géométriques. Relativement simple, le générique annonce pourtant les enjeux du film d’Hitchcock: la perte de l’identité corrélée au vertige amoureux.
 Par la suite, Alfred Hitchcock fait également appel à lui pour le générique de Psychose, à une période où Saul Bass travaille de plus en plus pour la production cinématographique. A la fin de l’année 1959, le graphiste reçoit le scénario du film quelques semaines avant que le tournage ne commence. Hitchcock souhaite collaborer avec lui pour le générique mais également pour le traitement visuel des scènes de meurtre de Marion Crane, sous la douche, et du détective Arbogast. Si nous savons que Saul Bass a réalisé le storyboard de la scène de la douche, l’auteur nous explique qu’il est relativement impossible de connaître l’implication réelle du graphiste dans les différentes phases de réalisation de Psychose. Toutefois, nous savons parfaitement qu’il est l’auteur du générique. Il en réalise ici l’un de ses plus courts et sobres.
Des barres grises et régulièrement espacées, qu’elles soient horizontales ou verticales, glissent sur un fond noir sur lequel apparaît en blanc les titres du générique. Relativement simple comme nous l’avons dit, il fait pourtant preuve d’un dynamisme et, accompagnée par la musique de Hermann, génère une grande tension. En effet, les formes graphiques obéissent à un même mouvement qui, même si nous n’en captons pas le sens, semble décrire une violence de l’effacement, de la division, de la décomposition. L’auteur de l’article met en lien ce travail avec celui que fournira Bass pour la scène de meurtre où l’on retrouvera également ce motif de la fragmentation et de la destruction, ici, du corps féminin. En somme Saul Bass annonce encore une fois les mouvements à l’oeuvre dans le film d’Hitchcock, c’est-à-dire cette violence meurtrière d’un personnage divisée entre sa personnalité et celle de sa mère.
En conclusion, cet article publié par 1895 permet de traiter de la question du générique dans le cinéma hitchcockien. Les collaborations entre Hitchcock et ce grand nom du graphisme, Saul Bass, révèlent l’importance qu’il devait accorder à cette partie du film qui mêle, par définition, traitement visuel et graphique. Les réalisations de Bass ont tendu, à son époque, à opérer une reconsidération artistique de cette section cinématographique. Ce dernier fait ainsi des premières minutes de Sueurs Froides et Psychose le lieu de l’annonce des enjeux filmiques et scénaristiques, l’espace d’une mise sous tension du spectateur, d’une mise sous tension du temps filmique. « Une mise sous tension du temps filmique », cela pourrait être une définition du suspense ?
R.V
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Site ARTEFAKE

Alfred Hitchcock

Le site que nous vous proposons aujourd’hui se nomme Artefake:

Il s’agit du site internet d’une association du même nom  qui a été créée en 2004 à Dijon. Leur but est de promouvoir l’art magique. C’est à dire de faire valoir l’illusion et la magie comme une discipline artistique à part entière.

L’apparence du site est quelque peu déroutante. La banderole qui affiche le titre d’Artefake montre aussi un logo de grenouille qui peut faire douter de la crédibilité des articles proposés. Nous pouvons aussi être dérangé par  l’apparition de quelques publicités.

En parcourant seulement la page d’accueil, nous pouvons constater que le site est souvent mis à jour.

Les articles publiés sont classés en thématiques sur le côté droit. En allant sur la page de l’équipe, nous pouvons voir que les informations personnelles qu’ils transmettent sont minimes. Ils nous donnent l’adresse de l’association et la fonction des principaux fondateurs et présidents. Les liens sur les participants ne sont ensuite que des adresses e-mails pour pouvoir communiquer avec eux.

L’article qui va nous intéresser se trouve bien évidemment dans la thématique « Cinema » et, si nous n’avons pas la date de publication, nous pouvons voir qu’il a été mis à jour le 1er mars 2013 (lors de la rédaction de ce post sur notre blog).

L’auteur est Sébastien Bazou qui est aussi le Président du Bureau et le Directeur de la publication du site Artefake.com.

Sébastien Bazou présente cet article comme une longue dissertation (ou un dossier) visant à montrer l’utilisation de la grammaire de l’illusion par Hitchcock dans ses films, dans son utilisation pour l’angoisse et la terreur chez le spectateur.

Il organise sa rédaction en s’intéressant dans un premier temps à tout l’aspect visuel de l’illusion, dans un deuxième temps au rapport avec le spectateur, puis à la construction de la narration, aux outils pour la mise en œuvre et enfin à l’émotion que cela suscite chez le spectateur.

Cet article est protégé par la loi L.113-1 du Code de la propriété intellectuelle qui empêche la reproduction même partiel des éléments. Notre analyse du contenu ne fera donc que survoler ce document que nous vous invitons à lire.

Il entend dans l’aspect visuel la clarté dans le cinéma hitchcockien, c’est à dire la simplicité et la pureté avec laquelle les éléments sont montrés visuellement.  Il montre ensuite l’organisation des éléments visuels et le rapport que l’on peut avoir à la forme.

Ensuite, nous avons une autre sous partie sur Saul Bass, le graphiste qui a réalisé les génériques des films, montrant comment il arrive à synthétiser et à montrer en quelques instants la complexité du film.

Dans son approche du rapport avec le public, Sébastien Bazou parle de l’implication du spectateur. Hitchcock cherche à faire participer son public au film et de concentrer son attention. Ceci peut aussi se faire par le sentiment d’identification qu’il créé avec ses héros en écrivant des histoires qui peuvent arriver à des gens ordinaires. La participation se fait aussi car le spectateur à souvent un temps d’avance sur les protagonistes du film et donc est en capacité de savoir avant lui ce qui va éventuellement arriver. Sébastien Bazou explique ensuite tout l’art de la manipulation d’Hitchcock  sur le spectateur, des façons dont il le trompe. Hitchcock joue sur l’égarement du spectateur ou détourne son attention pour le surprendre.

Pour la construction narrative, il parle de la façon dont Hitchcock raconte son histoire. Il utilise de nombreuses fois la suggestion, c’est à dire faire penser à quelque chose plutôt que le montrer. Il montre ensuite par l’image l’amoncellement des éléments qui va en crescendo.

Lorsque Sébastien Bazou parle des outils, il traite brièvement de la technique et du placement de la caméra avant de s’intéresser au suspense. C’est à dire au travail sur l’imagination du spectateur qui va spéculer sur la suite des événements. On lui montre quelque chose à voir qui va le perturber et Hitchcock préfère cela à la surprise qui est trop simpliste à son gout. Il parle de cinéma interactif car le spectateur se sens jouer un rôle dans le film. Il y a ensuite tout un résonnement sur le cliché, c’est à dire sur la situation banale ou commune qui est tellement épris de véracité qu’elle en devient plausible. Bazou nous parle ensuite du MacGuffin. Il s’agit du prétexte pour l’histoire ou bien souvent chez Hitchcock pour un meurtre. Il montre que ce prétexte ne doit pas être si impressionnant et qu’il veut mieux le révéler au 2/3 du film pour éviter une longue et pénible explication finale.

Le dernier rapport à l’outil est sur le faux. Hitchcock joue sur le trompe l’œil et sur la relation entre ce que croit le spectateur et ce qui est. Rien n’est vraiment dans le cinéma hitchcockien ce qu’il semble être.

Enfin Sébastien Bazou parle de la création de l’émotion par des thématiques qui touchent tout le monde comme le rapport au sexe, à l’amour et la mort ainsi qu’à la peur.

Grâce à l’identification, les spectateurs vivent ces émotions et Hitchcock va encore plus loin en ne montrant souvent dans ses films, lors des dialogues, que le visage de celui qui reçoit la réponse, il filme donc la réception de l’information et les émotions que cela produit chez son personnage.

Nous pouvons regretter l’utilisation de termes familiers dans cet article qui dérange la prise au sérieux des éléments narrés. L’utilisation par exemple du diminutif « Hitch » qui semble désapproprié lorsque l’on parle d’un personnage comme celui là.

Nous sommes néanmoins rassurés sur les éléments que l’on nous explique grâce à la présence d’une large bibliographie à la fin du texte.

Le dernier élément que l’on peut apprécier est la présence de nombreux exemples illustrés par des photographies et commenté qui permettent une plus grande compréhension des propos et une mise en relation directe avec le travail plastique des films.

G.V.

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Site JSTOR

Interrogé par ses étudiants sur les conditions de réussite d’une thèse, un professeur universitaire les invite à se tourner vers la conception cinématographique d’Hitchock pour découvrir la marche à suivre. Proposition intéressante mais surprenante, cet article de Jonathan Kirshner, disponible sur JSTOR (via Domino pour les étudiants de Paris 1), élabore ainsi un parallèle entre les qualités du cinéaste et celles d’un bon chercheur.

La bibliothèque numérique JSTOR a été créée en 1995 pour permettre la libération d’espace et la réduction du coût de fonctionnement des bibliothèques universitaires. Elle fait partie de l’association à but non lucratif ITHAKA qui agit pour les nouvelles technologies au sein de l’enseignement supérieur. JSTOR a préparé depuis ses débuts la numérisation d’un grand nombre de documents et ainsi la conservation à long terme d’un savoir universitaire ; il se propose donc comme un lieu de transition avant la généralisation du phénomène. Aujourd’hui, le site met à disposition plus de 1 700 journaux académiques, mais aussi des ouvrages et autres matériaux pédagogiques. Ayant déjà numérisé plus de 50 millions de pages, il continue au rythme annuel de 3 millions. Site destiné aux universitaires et financé par les universités, l’ensemble du contenu est accessible à plus de 8000 institutions à l’échelle mondiale.

Si le site est entièrement en anglais, son moteur de recherche (simple et avancée) permet une navigation intuitive. Il dispose également d’une organisation en discipline (art, histoire, droit etc…) afin de permettre une exploration plus libre du contenu, en cas par exemple d’absence d’objet de recherche spécifique. L’interface est ainsi claire, intuitive, et l’absence de publicité la rend d’autant plus plaisante. Une fois la recherche lancée, le site vous propose un certain nombre de contenus numérisés, dont l’objet, la nature, l’auteur et la date de publication sont immédiatement spécifiés. Ces informations permettent à l’internaute une rapide compréhension des documents, et donc une première sélection du contenu proposé. Le document sélectionné, le site vous renvoie au texte numérisé (disponible également en version pdf) au sein duquel les termes de votre recherche sont surlignés, les mettent ainsi en valeur. Le site met à disposition également une adresse URL simplifiée de la page et les informations nécessaires à la bibliographie d’un travail universitaire. En somme, le site JSTOR rend accessible un grand nombre de documents dont tant le contenu que l’interface certifient du caractère scientifique de cette bibliothèque numérique.

Le site propose notamment une numérisation du journal PS : Political Science and Politics qui a publié, dans son édition de septembre 1996, un article de Jonathan Kirshner intitulé  « Alfred Hitchcock and the Art of Research ». Au travers d’une analogie entre le chercheur et le cinéaste, l’auteur et professeur universitaire met en jeu les quatre qualités requises pour obtenir un bon film selon Hitchcock. Tout d’abord, un film (comme la thèse donc) doit se limiter à un sujet précis afin de pouvoir le développer correctement : la perception pour Fenêtre sur cour, l’obsession pour Sueurs Froides, le dualisme pour Psychose… Dans un second temps, il est nécessaire de rendre lisible cet argument central du film et donc de pouvoir l’expliquer. La troisième qualité est celle de l’attention portée à chaque plan du film (comme à chaque phrase d’une thèse) car ils doivent affirmer, seul, leur légitimité, et ensemble, la cohérence du film. Enfin, et c’est ce qui va nous intéresser particulièrement, le réalisateur dévoile qu’un bon film n’est pas nécessairement surprenant, mais contient en lui ce suspense tant recherché. Il en développe ensuite les conditions. Selon lui, la confusion du spectateur n’est pas l’essence même du suspense (‘I do not believe that puzzling the audience is the essence of the suspense »). C’est parce qu’il dispose d’informations sur la situation que le spectateur est à même de percevoir la tension en cause dans une scène. C’est en sa position de spectateur conscient et informé qu’il peut comprendre les rapports qu’entretiennent les personnages (et parfois mieux qu’eux) et ainsi anticiper le danger de telle action. La connaissance, la conscience amènent ainsi à une certaine anticipation, clé semble-t-il, du suspense hitchcockien. L’auteur termine ainsi son analogie : tout comme Hitchcock, il est souhaitable d’éviter le gouffre de l’écrit mystérieux et préférer la clarté afin de rendre compte, au mieux, de la thèse développée.

R. V.

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