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Les dernières lignes de l’article précédent (sur le périodique 1895) laissaient en suspens une possible définition du suspense qui invoquait un temps particulier, « une mise sous tension du temps filmique ». Nous vous proposons par le biais d’un ouvrage numérisé par OpenEdition BooksJacques Tourneur, les figures de la peur, de développer les enjeux de l’édition numérique et de l’expérience temporelle initiée par Hitchcock.

 
Si nous avons récemment évoqué Revue.org, OpenEdition Books est également une plateforme du portail OpenEdition spécialisée dans les livres de sciences humaines et sociales. Ce site a ainsi pour ambition de constituer une bibliothèque internationale pour les humanités numériques. La plateforme, inaugurée en février 2013, est donc très jeune mais compte diffuser 1000 livres à l’été 2013 et enrichir la collection de 2000 ouvrages par an. Si la moitié des ouvrages sont en libre accès, OpenEdition Books encourage les éditeurs à développer la gratuité sur le long terme. En effet, conjuguer l’accès payant aux ouvrages venant d’être publiés et les rendre accessibles gratuitement par la suite est une des solutions possibles pour assurer le mouvement de la numérisation tout en préservant l’économie de l’édition. La plateforme valorise la production écrite dans diverses langues, afin comme il l’annonce, de « comprendre le monde dans toutes les langues ». L’interface, relativement sobre et plaisante, permet une recherche qui porte à la fois sur les ouvrages par auteur, éditeur, catégorie, discipline ou langue ainsi que sur leurs chapitres. Les ouvrages sont consultables sur l’espace propre de l’éditeur, les Presses universitaires de Rennes en ce qui nous concerne.
 
OpenEdition Books a ainsi numérisé l’ouvrage, Jacques Tourneur, les figures de la peur, écrit par Frank Lafond en 2007 et, nous le rappelons, édité par les Presses universitaires de Rennes. La plateforme permet une recherche de mots-clés dans le texte et un sommaire propose une lecture par chapitre qui se révèle très pratique. En conjuguant la recherche et le sommaire, nous pouvons rapidement trouver le contenu souhaité dans l’ouvrage. Nous nous intéresserons au chapitre III, « Effets pathétiques », et plus particulièrement à la sous-partie « Suspense et surprise ». Il rappelle tout d’abord la distinction fondamentale (que nous avons évoqué dans un article précédent) que fait Hitchcock entre le suspense et la surprise dans son essai de 1949 intitulé The Enjoyment of Fear. S’il ne dénigre aucune des deux catégories de la peur, le cinéaste analyse pourtant leur rapport différent au temps. Il explique que l’expérience de la surprise se fait par définition dans l’immédiateté, comme l’expression « tout à coup » le révèle. Au contraire, le suspense est une expérience de « l’écoulement du temps », selon l’expression de l’auteur, d’un temps continu qui subit une montée en puissance. En somme, la surprise est un phénomène de l’instant tandis que le suspense résulte dans cette partie du temps qui précède l’action ; d’où précisément l’intérêt d’une forme de dilatation du temps qu’opère le réalisateur. Par exemple, le suspense se forme dans la minute qui précède le meurtre de Marion Crane, sous sa douche, dans Psychose, et non dans la violence que lui assène le meurtrier schizophrénique.
 
R.V
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