Self-Portrait as a fountain, Paul Pfeiffer

Une installation tout droit sortie de l’univers hitchcockien ? C’est ce qu’a réalisé l’artiste américain Paul Pfeiffer. A travers un article du critique Timothée Chaillou, mis en ligne sur son propre site, nous tenterons de comprendre les motivations de ce déplacement d’un objet filmique à un objet plastique.

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Self-Portrait as a Fountain de Paul Pfeiffer

Timothée Chaillou est un critique indépendant ainsi qu’un commissaire d’exposition. Il a étudié l’histoire de l’art et la philosophie de l’art à Paris et New York. Il fait maintenant partie de l’AICA (Association Internationale de la Critique d’Art), de la CEA (Commissaires d’Exposition Associés) et de la Société Française d’Esthétique. Avec l’aide du webdesigner Thibault Caizergues, il a réalisé un site dans lequel il rassemble l’ensemble de ses entretiens avec des artistes (Claude Lévêque, Pierre Huyghe, Mircea Cantor ou encore Christian Rizzo), critiques d’expositions, essais et textes réalisés à l’occasion d’une exposition. Le contenu du site est ainsi très riche puisque les entretiens sont très nombreux (il en réalise parfois plusieurs pour un même artiste). Son propos est généralement intelligent, référencé et construit puisqu’il fait se répondre certains artistes, certains entretiens. L’interface, noire et blanche, est ainsi relativement claire et ne parasite donc pas la compréhension des oeuvres reproduites. L’organisation, efficace, est principalement générée par une colonne sur le côté gauche dans laquelle les différentes rubriques viennent s’inscrire. Le seul bémol de l’interface serait peut-être que, contrairement aux rubriques et aux articles, les images se déploient horizontalement ce qui nous oblige à constamment décaler notre page vers le côté droit. S’il s’agit probablement d’une volonté de reproduire des images assez détaillées des oeuvres, cela a une conséquence négative sur la fluidité de la lecture du contenu écrit.

L’article qui a vous intéresser est compris dans la rubrique « Essays » et s’intitule « Les caméras de surveillance ne peuvent rien pour vous« . A l’origine publié dans n°42 de la revue Art Même produite et éditée par la Communauté française de Belgique depuis 1998. Cette revue a pour ambition de promouvoir et soutenir la création contemporaine à Bruxelles et en Wallonie, et d’en suivre les développements à l’étranger. Par ailleurs, la revue souhaite régulièrement décrire la situation d’un thème particulier, d’une problématique artistique. Le site d’Art Même propose également la lecture de certains numéros sous format pdf. Comme nous l’avons dit, Timothée Chaillou a publié un article dans la revue et nous le présente également sur son site.

Cet article travaille la question de la surveillance, de l’omniprésence de la caméra dans notre société, et donc dans la production artistique. Il fait préalablement le constat du filmage, ou du sur-filmage pour certains, du réel, posant même la nécessité d’être filmé comme condition ontologique. Après cette introduction référencée (Walter Benjamin, Guy Debord, Michel Foucault), il va traiter de ce souci de la caméra chez les artistes contemporains (Douglas Gordon, Vito Acconci, Dan Graham, Pierre Huyghe) et s’attarde par la suite sur une oeuvre de Paul Pfeiffer, Self Portrait as a fountain (2000). Cet artiste a littéralement repris la douche, issue de la fameuse scène de Psychose, ici montrée tant comme décor que dispositif. Accrochés sur le devant de la baignoire, 9 objectifs de caméras sur bras  sont reliés en circuit fermé à des moniteurs, pour restituer les différents angles de vue employés par Hitchcock. Si le « découpage » de la scène épousait chez le « maître du suspense » le point de vue d’une meurtrier invisible, Pfeiffer en fait celui d’une technologie de surveillance toute aussi menaçante. Les moniteurs nous montrent donc des images « vides » mais, comme le dit le critique, des « plans historiques ». Le spectateur ne peut intégrer le décor, le dispositif et reste en distance de l’oeuvre. Il ne peut ainsi agir et modifier cette mécanique implacable et déshumanisé du filmage, de la surveillance. Certes le dispositif est vide mais il répond encore à son histoire (celle de Psychose). C’est donc une oeuvre en creux qui met en scène de manière paranoïaque « le regard invisible mais obligatoirement inquiétant ».

Cette oeuvre révèle l’inscription du réalisateur et ses plus fameuses scènes dans l’inconscient collectif du spectateur. Si le titre de l’oeuvre de Pfeiffer ne fait pas directement référence au film Psychose, c’est parce cela n’est pas nécessaire au spectateur. L’artiste dépasse tout de fois le simple témoignage de reconnaissance pour travailler, à partir du matériau hitchockien, la question des technologies de l’image et leur pouvoir sur la société. L’objectif cinématographique devient ainsi le point de départ d’une réflexion sur l’image de surveillance. Enfin, le titre fait étonnement référence à l’oeuvre Fontaine (1917) de Marcel Duchamp et à celle de Bruce Nauman, Self-Portrait as a fountain (1966-67). Peut-être est-ce le moyen d’inscrire, par l’élément aquatique et l’humour, Alfred Hitchcock dans une nouvelle histoire des avant-gardes ?

R.V

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