Remake, Pierre Huyghe

Les films d’Alfred Hitchcock sont aujourd’hui considérés comme des références du 7e art  mais aussi des genres auxquels ils appartiennent. Nous traiterons au travers d’un article, mis en ligne sur erudit.org, de la place qu’occupe cette figure dans la production artistique contemporaine par le biais de l’oeuvre de Pierre Huyghe Remake (1995), véritable stratégie de reprise du film Fenêtre sur cour.

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Comparaison entre l’oeuvre originale et son remake par Pierre Huyghe

La plateforme Erudit, fondée en 1998, est une collaboration temporaire interuniversitaire (Université de Montréal, Université Laval, Université du Québec à Montréal) qui vise à mettre en ligne des revues francophones. Elle rassemble aujourd’hui plus de 150 éditeurs universitaires et culturels. La plateforme a ainsi pour mission de promouvoir et diffuser les résultats de la recherche dont elle s’assure de la rigueur et du contenu. Tourné également vers les chercheurs d’Amérique du Nord, le site a dédié également un espace pour la mise en ligne de publications anglophones. Si l’ensemble des livres, des actes de colloques, des thèses, des documents et données sont en libre accès, seules les revues archivées (après deux à trois ans) le sont ; tandis que les numéros courants sont disponibles sur abonnement.
L’interface, relativement simple, propose une catégorisation typologique des documents mis en lignes ainsi que les dernières actualités. La plateforme permet une recherche interne par année, volume, numéro et/ou page, ainsi qu’une recherche alphabétique. Le choix d’une grande sobriété (une gamme chromatique réduite par exemple) est ainsi au profit de la clarté du site et de l’aisance dans son exploration. Enfin, la plateforme met à disposition une version pdf gratuite pour les documents libre d’accès, comme cela est le cas pour notre article « Les jeux narratifs des remakes Pierre Huyghe », écrit par Marie Fraser et publié dans le numéro n°9 de la revue Intermédialités : histoire et théorie des arts, des lettres et des techniques en 2007.
L’auteur, professeure d’histoire de l’art contemporain à l’Université du Québec à Montréal, s’intéresse aux différents travaux de Pierre Huyghe dans lesquels il effectue, sous différentes formes, des reprises de film pré-existants comme Des oiseaux petits et grands de Pier Paolo Pasolini, L’ami américain de Wim Wenders ou Fenêtre sur cour de Hitchock, qui va nous intéresser plus particulièrement. En 1995, il décide en effet de réaliser le remake de l’oeuvre hitchockienne  plan par plan et avec des acteurs non-professionnels. Si l’on considère l’action du remake comme une possibilité de jouer avec le récit, les codes narratifs, il ne paraît pas anodin que Huyghe sélectionne ce film en particulier. Fenêtre sur cour est de fait considéré comme l’une des oeuvres majeures du cinéaste et comme un exercice stylistique réalisé avec succès. Dans ce film, Hitchock définit très habilement l’acte du spectateur métaphorisé par ce « regardeur » immobile, qui scrute, par sa fenêtre, ces voisins formant les différentes scènes d’un même film. Par cela, le cinéaste élabore une forme capable à la fois d’interroger les propres possibilités de son médium mais aussi de décupler le suspense. Si le personnage assiste immobile aux événements mystérieux de son immeuble, le spectateur partage sa condition et reste destiné à observer ces actes meurtriers qu’il ne pourra empêcher.
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Pierre Huyghe décide donc d’emprunter, ou plutôt de reprendre,  ce récit hitchockien lui-même symbolique de la perception cinématographique. Pourtant, l’artiste vidéaste va implacablement réduire la tension mise en jeu par Hitchock. En effet, les acteurs non-professionnels n’arrivent pas, ou en réalité ne tentent même pas, d’introduire la moindre dramatisation dans les dialogues (dont ils peinent régulièrement à se souvenir). L’artiste semble donc jouer avec les paramètres dramatiques du récit de Fenêtre sur couet introduire de l’inachevé, de l’amateurisme dans l’oeuvre si ficelée du réalisateur. En décalant l’enjeu du film, Huyghe révèle d’autant plus les mécanismes hitchockiens et leurs objectifs. Refaire et mal-faire le film permet finalement d’en mettre en relief la structure cinématographique. Comme nous l’explique l’auteur de l’article, il ne s’agit pas véritablement d’une déconstruction de l’oeuvre (comme pourra l’effectuer Douglas Gordon avec 24 Hour Psycho) mais d’un prétexte à en rejouer le modèle narratif. Huyghe joue et rejoue le film dans sa narrativité pure tout en déplaçant sa dimension psychologique. L’artiste opère alors un double mouvement conjoint où l’oeuvre est à la fois tirée vers la représentation de ses propres structures narratives et vers un sentiment de réalité, créé notamment par l’amateurisme des acteurs. Le décor de l’appartement, dans lequel vit réellement  l’acteur non-professionnel qui récite le texte du rôle principal, renforce cette dimension de réel. De fait, les acteurs semblent toujours rattachés à leur propre réalité, et non au au réalisme du récit hitchockien. L’auteur de l’article tente donc de mettre en jeu ce mouvement du réalisme de la fiction au réel d’un jeu orchestré par Pierre Huyghe ; ce basculement vers la réalité opérant lui-même une transparence des motifs narratifs.
Finalement, l’artiste semble pousser à sa limite le réalisme, autrefois psychologique, de Fenêtre sur cour jusqu’à ce qu’il appartienne plus au réel qu’à la fiction, dévoilant de fait ce qu’est vraiment le récit hors de sa mise en scène, hors de son jeu, hors du temps filmique, et donc hors du suspense.
R. V

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